50 ans après la plongée dans le Monde Du Silence du Commandant Cousteau, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud nous proposent une nouvelle immersion, bien plus bruyante et violente, dans cette merveille de la nature dont on oublie qu’elle possède tant de richesses, de beautés et de vies à préserver et encore à découvrir. Nul besoin d’avoir passé ses soirées du vendredi scotché au magazine télévisé Thalassa ou de s’être rêvé un jour éthologue ou océanographe pour aller découvrir cette réalisation époustouflante signée Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. Le projet était ambitieux : les réalisateurs se sont donnés les moyens de cette ambition.
"Océans : c’est 4 années de tournage sur plus de 50 lieux des mers du globe. Les techniques les plus modernes ont été utilisées pour ce film dont la plus grande partie a été tournée en HD... Une torpille équipée d’une caméra, trainée par une fibre optique et pouvant atteindre 5 nœuds a été utilisée pour suivre les animaux marins... Pour les prises de vues nocturnes, les techniques d’éclairage conventionnelles ont été modifiées. Oubliés les projecteurs et les flashs trop agressifs, un nouveau procédé imitant le clair de lune a été mis au point... Tous ces outils ont été conçus au fur et à mesure des besoins du film, jusqu’à l’utilisation d’un hélicoptère miniature pour les prises de vue en surface..."
Et que les esprits chagrins qui verraient là un moyen pour Jacques Perrin de surfer sur la vague nature et écologie de ces derniers temps se taisent. Si il est bien un homme qui a su depuis toujours mener des combats de tout ordre et s’investir pour porter à l’écran ses belles idées jusqu’à se mettre en danger financièrement c’est Jacques Perrin. En parallèle de sa carrière d’acteur, il fonde en 1968 sa propre société de production, Reggane Films qui deviendra par la suite Galatée Films, et produit des films engagés comme Z de Constantin Costa-Gavras (1968) ou Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer (1977) déjà en rapport avec la mer. Puis viennent ensuite des films plus documentaires Microcosmos : le peuple de l’herbe (1995) qui lui vaut le César du meilleur producteur en 1997, Himalaya, l’enfance d’un chef (1999) ou Le Peuple migrateur (2001), où il participe également à la réalisation. Ceci prouve à quel point l’homme est amoureux de notre monde et de tous ceux qui le peuplent : humains comme espèces animales.
Mais n’allons pas croire qu’Océans est un énième documentaire nous expliquant de manière académique l’océan : sa faune, sa flore... Le film débute par ce questionnement enfantin "L’Océan ? C’est quoi l’Océan ?". Et c’est ainsi sous la forme d’une histoire que débute cette odyssée qui nous narre comme un conte merveilleux la vie des océans. Et il faut bien noter le DES car on passe de récifs coralliens, à des vies nettement plus sous marines (dans les profondeurs de fosses océaniques) à des vies polaires pour revenir à des faunes multicolores des mers tropicales. Les êtres vivants des côtes ne sont pas non plus oubliés avec quelques sauriens marins, tortues, morses, ou phoques... La première moitié du film nous emporte dans l’émotion magnifique de ces êtres dont on découvre abasourdi l’existence : des méduses sublimes, des poissons aux couleurs merveilleuses... On rit à voir la frimousse de certains gros phoques. On tremble lors de combats de gladiateurs entre un crabe et une sorte de grosse langouste ailée. On croise les doigts pour qu’une ribambelle de bébés crabes ne se fassent pas complètement dévorés par des oiseaux voraces qui surveillent leur éclosion et progression maladroite vers la mer salvatrice. Ces images sont accompagnées de la bande son très efficace de Bruno Coulais, transformant ce qui serait du simple documentaire en des scènes épiques. L’océan se révèle donc un ensemble complexe : une vie douce, et parfois bruyante mais aussi cette cruauté naturelle qui crée l’équilibre des espèces et qui a permis à des milliers d’entre elles de traverser les siècles ou d’évoluer.
La seconde moitié du film nous ramène durement à la réalité actuelle. L’impact humain et ses dérives irréparables. D’abord quelques images de la débilité de ces hommes qui chassent non pas pour se nourrir mais par exemple pour mutiler des requins afin de ne récupérer que leurs ailerons et les rejeter agonisants dans l’océan, une vue satellite qui met en évidence les rejets de pollutions créant des courants de la mort, une vision de l’intérieur au milieu des sacs plastiques et autres débris rendant le milieu hostile à toute forme de vie. Ensuite, dans un moment particulièrement émouvant, on retrouve Jacques Perrin et son fils Lancelot évoluant dans une galerie d’un muséum regroupant grand nombre d’espèces disparues. Puis il nous met en garde, nous expliquant que la banquise, que ce soit au nord ou au sud est elle aussi en grand danger. Il n’évoque pas le réchauffement climatique mais le besoin des hommes de créer de nouvelles voies d’accès, de prendre possession de terres encore préservées pour leurs propres envies avant de prendre en compte les nécessaires besoins de ceux qui y vivent déjà.
Pourtant Océans ne flanche pas dans le catastrophisme ambiant et c’est sur des notes réellement positives qu’il s’achève : mettant en avant le rôle primordial de certains hommes dans la préservation des espèces, l’importance de l’étude et la recherche océanographique, insistant sur le fait que nous avons encore tant de choses à découvrir et à apprendre de ce milieu qui garde bon nombre de secrets.
Alors, on pourra s’étonner lors des premières secondes du film de voir défiler des sponsors aussi "curieux" que Véolia, Total, E.D.F... A croire que c’est pour eux une manière de se donner bonne conscience pour contrebalancer toute une activité qui a pour le moins participé à la détérioration du monde naturel qui nous entoure. Comme pour anticiper les critiques, le site Internet d’Océans, présente ses différents partenaires en précisant leur contribution à la protection de l’environnement.
Disons qu’il ne faut pas non plus se laisser aller à une conscience écologique extrémiste, si ces partenaires, qui ne sont pas tous irréprochables, ont choisi de mettre des sous pour réaliser une œuvre qui se veut un témoignage, qui se présente comme un devoir de mémoire vers la nouvelle génération (très bien symbolisée par la présence de Jacques Perrin et de son enfant) à mon avis : tout est bon à prendre. Ce film sera diffusé dès avril 2010 à l’étranger par les studios Disney. Il faut espérer qu’il aura un beau succès planétaire et un impact réel sur la jeune génération. Comme le dit si justement jacques Perrin :
"Océans veut créer une émotion commune afin que l’espérance de chacun devienne universelle...." "...Nous vivons aujourd’hui l’instant déterminant où, espérons-le, tout est encore possible..."
